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La Pensée du jour - Les Grains de sel

LES PENSÉES DU JOUR DU TEMPS D'AVANT

A LIRE DE BAS EN HAUT, SI VOUS TENEZ A LA CHRONOLOGIE...

Le 3 Septembre 2010 – n°18 -  Inauguration du site internet RENAISSANCE CARNOT

Après qu’il avait tourné sept fois la queue dans son bassin, notre Poisson Chat n’en était pas plus avancé dans sa réflexion. Il recommença sept nouveaux tours, en sens inverse cette fois-là. Et ce fut un gros tournis qui lui monta à la tête, mais pas d’eurêka comme il aurait pu l’espérer. Il en conclut que la méthode n’était pas bonne. Il opta pour une séance de méditation introspective statique, axée sur l’immobilité en vue d’une meilleure concentration de l’esprit et de la sauvegarde des données du problème à résoudre, qui devait avoir pour effet de classer et d’ordonner tous les éléments et faire jaillir la lumière.

-"Qu’ai-je à classer ? Voyons, voyons ! Ça ne devrait pas être bien compliqué. Mettons bout à bout, toutes ces bribes qui sont arrivées à mon bassin ! Qu’ai-je saisi dans mes ouïes fines ? Ah oui, quartier Carnot, Septembre heureux, population en liesse, Grande Course Pédestre, Journées Européennes du Patrimoine, visites guidées, Carnot en fête, Poisson Chat en berne, Poisson Chat au placard, bonnet d’âne au Poisson Chat. Ah non de non de non, de sacré non de non ! Ça les reprend, ça recommence. C’est toujours la même rengaine. Ô rage, ô désespoir ! Misère et désolation ! Crimes et châtiments injustes ! Ça ne va pas se passer comme ça. Parole de Poisson Chat offusqué ! Et ils en rajoutent. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de site de cette association qui vient me faire de l’ombre jusque sur mon bassin ? C’en est trop de trop. Un site internet, avec inauguration de son ouverture en grandes pompes, s’il vous plaît. Manquait plus que ça à mon grand malheur ! Je vais devoir vertement riposter. Plus de temps à perdre !"

Aussitôt dit, aussitôt fait. Grand branle-bas de combat au square Carnot. Et que je te convoque pour la belle soirée de fin d’été concoctée en secret par le Poisson Chat offusqué, tous les vers luisants du square qui arrivèrent à la queue leu leu. Voilà pour la lumière ! Tous les grillons des foyers qui ne se firent pas prier, et deux, trois cigales à stridulations hautes et justes. Voilà pour le son !


Reste les invités. On les fera asseoir sur les bancs  et les murets, près des bouquets de lauriers roses blancs et des bordures de calistemons rouges. Manque le bleu. C’est le plumbago qui se prêta de bonne grâce avec son bleu si beau qu’aucun adjectif n’a été créé par le Seigneur pour le louer. Bleu, blanc, rouge, voilà pour le drapeau !
Restait plus qu’à inviter les hôtes de marque. C’est dans l’allégresse que notre Poisson Chat adressa respectueusement ces quelques mots à Madame le Député Maire du Cannet et à Monsieur le Député Maire de Cannes, tout en s’excusant des fautes d’orthographe et des formules de politesse peut-être pas convenables, mais dites avec bon cœur et si touchantes malgré les maladresses :

-"Moi, Poisson Chat du square Carnot, je vous prie de bien vouloir procéder à l’inauguration de mon nouveau site et accepter le grand honneur que je vous fais de vous inviter à venir surfer sur mon bassin. J’ai tout préparé. Vous n’aurez plus qu’à couper le ruban et à me faire les compliments d’usage. J’ai hâte.
P.S. : C’est pas la peine d’aller à l’inauguration de l’autre site de cette association prétentieuse qui me prive d’oxygène et me donne des boutons. Je vous en dispense".

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

 

Le 1er Septembre 2010 - n° 17 - Chat, alors !

NUMERO SPECIAL :

On ne le saura jamais. On ne connaîtra jamais le fin fond de cette histoire ; tout ce dont on est sûr, c’est que cette histoire s’est passée lors d’une froide nuit de fin d’été, au square Carnot de Cannes et du Cannet, vers minuit, semble-t-il. Seuls les grands arbres du splendide jardin en gardent peut-être la mémoire. Mais il est difficile d’interroger les arbres quand ils sont en perte de feuilles à l’orée de l’hiver. Ce dont on est certain, c’est d’avoir entendu, venant du bassin de notre Poisson Chat, un long miaulement qui s’étira jusqu’à la lune.

-"Pas la peine de lancer des appels à témoins !" se gaussa le Poisson Chat. "Pas la peine de raconter du n’importe quoi sur moi et par-dessus le marché d’en rajouter sur le n’importe quoi ! Il suffit de me demander à moi ce qui s’est passé."-"Encore que, ajouta tout bas le Poisson Chat, j’en suis toujours à me demander ce qui s’est passé."

Chat, alors ! Chacredieu de Chacrebleu de Chapristi de Chaperlotte de Chaperlipopette ! Quelle chalade que tout chat ! C’est sûrement un Chanular de quelqu’un qui aura voulu me clouer mon Chapelet, parce que trop Chapricieux, trop Charactériel, pas assez Chage ! Trop de Chattemites et de Chatteries ! Quand je me rappelle, j’en ai encore la Chamade dans le cœur, des Chatouillis dans la tête. Ça Chahute, Chahote et Chaloupe dans mon estomac. Ça Chabriole dans mes écailles et mes moustaches. Ainsi se souvint notre Poisson Chat. Des senchations toujours aussi vives et désagréables de cette insomnie, lors de cette froide nuit de fin d’été.

Lorsqu’il ouvrit ses beaux yeux globuleux, il n’en revint pas du spectacle qu’il offrait aux grenouilles endormies. Deux courtes oreilles avec petits toupets de poils sur les pointes. Quatre pattes velues se terminant en griffes acérées. Longue queue souple et ondulante. Pelage soyeux sur tout le corps. Ceci pour l’aspect extérieur. L’intérieur était pire encore.

Pris de panique, notre malheureux Poichon, touchota pour s’éclaircir la voix. Quelle Chatastrophe, ce fut ! Un immense miaulement grimpa jusqu’à la lune en bousculant quelques étoiles qui tentaient de s’interposer.

Notre Poisson Chat opéra aussitôt un repli Chalutaire. Chauve qui peut !

-"Moi, je me charapate au fond de mon bassin. Nous verrons bien quand le nouveau jour se lèvera."

-"Chat, alors ! Je l’ai retrouvé mon bout de nom qui était tombé au fond de mon bassin."

Et le Poisson Chat, soulagé, se recolla sur ses écailles … LE POISSON … qui s’était détaché.

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

Le 1er Août 2010 – n°16 -  Fermeture du square Carnot

Dans un premier temps, la requête du Poisson Chat adressée simultanément aux Maires de Cannes et du Cannet, fit grand bruit. On en parlait dans tous les couloirs des hôtels de ville respectifs. Fallait-il ou ne fallait-il pas donner satisfaction à ce Poisson Chat ? Fallait-il, une nouvelle fois, céder à ses caprices après tous ces mois où il avait défrayé la chronique, et s’était fait remarquer par tous moyens, même les plus saugrenus, les plus bizarres, les plus absurdes ? On pesait le pour et le contre et c’était la quadrature du cercle pour l’hôte remarquable du bassin rond du square Carnot. En dernier ressort, la question fut soumise à l’appréciation des conseillers municipaux. Contre toute attente, il fut voté à l’unanimité, au nom du devoir que nous avons tous de protéger les animaux qu’ils soient de poils, de plumes ou d’écailles, l’interdiction suivante qui fut aussitôt concrétisée par l’apposition d’écriteaux à chaque entrée du jardin :

Par décision des Villes de Cannes et du Cannet

Le square Carnot, pour toute la durée du mois d’août 2010,
sera exceptionnellement fermé aux visiteurs pour cause de

REPOS ANNUEL DU POISSON CHAT

Toute personne qui contreviendrait à cet arrêté, serait punie par
la loi et serait passible de travaux d’intérêt général, à savoir
balayage des allées du square, tonte des gazons et cueillette des
olives. Il n’y aura aucune dérogation, ni remise de peine.

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C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

Juillet 2010 - n° 15 - Le bel été...

Nageotant nonchalamment dans l’eau tiède de son bassin du square Carnot, par cette belle et chaude matinée du mois de juillet, notre Poisson Chat en entendait de toutes les couleurs, de ces estivants, venus là, goûter la fraîcheur de l’ombre des frondaisons des grands arbres du magnifique parc  canno-cannettan.  Il n’était question que de sable fin mordoré, de mer couleur azur, de ciel bleu pastel, de poussière rosée des fins nuages crépusculaires s’étirant sur l’Esterel embrasé par le soleil couchant. Mais surtout de ces hâles cuivrés, lumineux et dorés. De ces bronzages de peau qui donnent bonne mine même à ceux qui n’y croyaient plus. Cannes et ses plages faisait son diaporama et notre Poisson Chat, ébaubi, était tout ouïe en découvrant, non sans fierté, dans quel beau pays, il vivait.

Las, quelle catastrophe pour notre Poisson Chat !
-"Au secours, au secours ! Vite, vite ! Au secours ! A l’aide ! J’expire et me meurs !"
Le vétérinaire spécialiste ès médecine piscicole arriva aussitôt. Stupéfait, tétanisé, le vétérinaire spécialiste, à la vue du pauvre Poisson Chat, gisant sur le bord de la fontaine, écailles en bataille et moustaches pendantes. Mais ça, ça n’était rien ou pas grand-chose. Si ça n’avait été que ça, c’eût été bien banal. C’était pire. Du pire jamais rencontré par la science.
Le vétérinaire spécialiste feuilleta son docte livre De l’art de soigner le poisson chat, et ne trouva aucun cas décrit sur ce qu’il constatait là.
-" Au secours ! A l’aide ! Vite ! Je trépasse !"

Il  fallut bien se rendre à la raison. Le vétérinaire spécialiste compulsa en toute hâte, avec fébrilité, un manuel mieux approprié à la terrible situation De l’art de soigner le poisson rouge. Et il ordonna d’une voix sévère :
-" Remettez-moi ce poisson chat à l’eau ! Mais oui, c’est ce bestiau-là ! Mais non, ça n’est pas un poisson rouge ! c’est juste un poisson chat à la cervelle un peu juste, qui a voulu se donner bonne mine en oubliant de se tartiner à la crème solaire. Erythème, c’est tout ! Et puis, vous me mettrez, dans l’eau de ce bassin, trois fioles et demie pas plus, d’eau de Javel coupée avec une demi-fiole pas plus, d’eau oxygénée. Ça devrait suffire."

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

Juin 2010 - n° 14 - Plat de nouilles...

Pas une ride à la surface du bassin du square Carnot ! Une eau calme et plate. Pas une bulle remontant à la surface de cette eau sans relief ! Pas la moindre vaguelette qui aurait pu être de bon augure à l’orée de l’été qui s’annonçait joyeux. Rien ! Le silence régnait en maître dans la demeure du Poisson Chat. Un silence lourd et grave qui en disait long sur l’inquiétude vive qui commençait à sourdre.
Et ce sont les jardiniers qui sonnèrent le tocsin à l’église du Christ-Roi. Police alertée. Maires de Cannes et du Cannet accourant aussitôt, suivis de tous leurs adjoints et même de leurs chefs de service. Evacuation générale du square à la demande du vétérinaire spécialiste appelé en urgence.
Madame le Maire du Cannet, puis Monsieur le Maire de Cannes – préséance protocolaire oblige ! – font les premières objurgations d’usage. Prières vaines ! Puis c’est au tour des pompiers et des chefs des Polices municipales arrivés sur les lieux. Aucun écho ! Enfin l’éminent spécialiste en médecine vétérinaire piscicole s’exprime en ces termes :
-" Poisson Chat, nous t’admonestons de sortir de ton mutisme. Sinon j’ordonne que l’on vide ton bassin et je te ferai une grosse piqûre. La seringue est prête."
-" Vider mon bassin ! Piqûre ! Seringue ! Aïe, aïe, aïe ! Diantre que Diable ! C’est à vous qu’on devrait la faire, la piqûre."

Ainsi se manifesta le Poisson Chat, vert de peur.
-" Ce que je faisais ? Vous voulez savoir ce que je faisais ? Vous voulez vraiment savoir ce que je faisais dans mon repli aphasique ? Je méditais. Ça vous dérange que je médite ?"
-" Bon, ça va ! Je vais vous dire ma première méditation de mon rêve contemplatif. C’est bien parce que vous insistez, mais pas sûr que ce soit à votre portée. Je pensais, je pensais que…y-a des jours où l’on aurait rudement envie de ne plus être condamné à manger sa mouche de Mai ou son ver arénicole. La douzaine d’escargots beurrés et persillés, jamais ça vous rend malade. Faut bien l’admettre, y-a que le plat de nouilles en famille qui vous donne l’indigestion."

Là-dessus, notre Poisson Chat s’en retourna à ses méditations tout en marmonnant dans ses moustaches :
-" Faut pas se faire d’illusions, y-en-a pas un qui pensera à me donner une autre pitance. C’est même pas inscrit à l’ordre du jour des réunions des conseils municipaux. Il paraît que c’est l’austérité budgétaire. Enfin à ce qu’on dit."

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

Mai 2010 - n°13 - Tapis rouge

-" C'est moi le chouchou, c'est moi le chouchou . C'est moi le chouchou du quartier Carnot - La, la lère ! Nique Naque, y-a pas plus chouchou que moi au quartier Carnot."

Ainsi chantait le Poisson Chat dans son bassin du square Carnot, tout en faisant le grand ménage de printemps. De très bonne humeur, notre poisson. Une fois n'est pas coutume pour qui connaît le caractère de l'animal légendaire. Mais bon, le Poisson Chat était d'humeur très joyeuse, ce matin-là. Fallait bien en convenir.

-" Et peut-on savoir pourquoi cette belle humeur, Poisson Chat? Hep, Poisson Chat, tu nous entends ! Allez, réponds ! Arrête de faire le sourd qui entend tout et qui n'a rien entendu !"

D'un coup de nageoire, notre poisson est remonté à la surface. Quelques bulles. Deux gros yeux globuleux - De longues moustaches emmêlées et - ô, Bonne Mère ! - deux rangées de dents blanches, pointues et éclatantes - Aïe, aïe, aïe ! Manquait même pas une dent dans cette mâchoire-là.

-"Eh oui, c'est moi le chouchou - La, la lère ! Vous savez quoi? Je viens de recevoir une invitation de la Ville de Cannes pour la montée des marches du Festival à l'occasion de la sortie du film: "POISSON CHAT ET POÊLE A FRIRE."

-"Ah mais, mais qu'est ce que vous faites? Arrêtez, oui arrêtez ! Mais qu'est-ce que c'est que ce grillage que vous mettez sur mon bassin? De ce pas, je vais porter plainte à la Ville du Cannet".

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Premier Avril 2010 - n° 12 -NOTICE NECROLOGIQUE

 

Chères lectrices, Chers lecteurs, Chers amis,

 

On nous prie d'annoncer, dans la plus grande douleur et avec les regrets les plus profonds, le décès d'un être qui nous fut si cher et si tendre. Un être que nous avons tous tant et tant aimé et qui gardera dans nos coeurs une place éternelle et ineffaçable.

Ah oui, Chers amis, aujourd'hui n'est qu'un immense vide à dimensions abyssales dont nous ne pourrons pas revenir aisément. Une tristesse sans pareille nous étreint et c'est tout le quartier Carnot qui portera le crêpe noir de deuil à la boutonnière.

Chers amis, recueillons-nous autour de ce bassin et pleurons nos larmes de douleur !

 

 

 

L'assistance émue se recueille en silence. Les jets d'eau de la fontaine du Square Carnot ponctuent à chaque goutte qui égrène l'indicible tristesse, les pensées de chacun qui s'envolent vers la dernière demeure de leur si affectionné Poisson Chat.

Le Poisson Chat est mort, le Poisson Chat n'est plus.

Et soudain, oui soudain, une énorme voix retentit d'outre-tombe. Une voix forte et vibrante, comme jamais le Poisson Chat n'en avait eu de son vivant. Une voix qui dit:

" Faut pas vous en faire ! Ho, oh, je suis encore là. Pensez donc, un poisson-chat comme moi, ça ne passe pas comme ça de vie à trépas. Bon pied, bon oeil, votre Poisson Chat. Pas question de passer l'arme à gauche ! C'était juste une petite blague de Premier Avril. Une toute petite farce de poisson-chat d'avril. Coucou, Poisson d'Avril !

Mais n'empêche que ça fait chaud au coeur, toute cette affection-là."

Et le Poisson Chat de conclure, avec son amabilité habituelle:

"Allez, ouste! Allez-vous en ! Avec vos larmes de crocodiles, vous allez finir par faire déborder mon beau bassin."

Puis d'un coup de nageoire caudale, il s'enfonça dans les eaux, l'estomac un peu barbouillé après cette dure journée.

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Mars 2010 - n° 11 - Après la Fête....

Ici, c’est le coin des bla-bla-blas du Poisson Chat. Et notre Poisson Chat, après quelques semaines de réflexion et de rumination, se lança courageusement vers la surface, en quête de badauds du quartier. Et justement, le soleil aidant, il y avait foule dans le square. C’était l’occasion rêvée pour river son clou à la population de Carnot:

-« Attention !  J’ai mes nerfs, je suis d’humeur saumâtre ! J'ai l'estomac qui s'offusque ! Mais y’a de quoi, non ? J’en ai les écailles toutes frémissantes de colère et les moustaches hirsutes d’indignation… Vous ne voyez pas pourquoi ? Tiens donc ! Il faut peut-être que je vous fasse un dessin… Ouais, quelle mauvaise foi ! Ce n’est peut-être pas vous qui avez envahi mon square pour cette soi-disant Fête des Petits Loups de Mardi Gras ? Ah, vous voyez bien ! … Non, vous ne voyez pas ? Tiens donc ! Et bla et bla et bla ! Ce n’est peut-être pas vous qui avez distribué friandises et grenadine à tous ces Petits Loups ? … Et bien, vous voyez ! … Non ? vous ne voyez toujours pas ? Ce n’est peut-être pas moi qui n’ai eu aucun bonbon, même pas une petite fraise de rien du tout?…   Ah ! ! ! Vous voyez bien que j’ai de quoi être en rage….. Ah bon ? Je n’ai pas eu de bonbons ni de grenadine parce que ça aurait rougi l’eau de mon bassin ? Et bla et bla et bla. Là, vous vous moquez de moi. Vous n’avez quand même pas distribué aux enfants des friandises qui déteignent !?!?!? »

Drapé dans sa dignité offensée, les écailles nerveusement ondulantes et les moustaches rabattues, notre Poisson Chat, édifié une fois pour toutes sur les comportements inacceptables des Gens de Carnot, se faufila sous les pierres du fond de son bassin et se jura de ne plus jamais leur adresser la parole. Alors c’est pour lui tout seul qu’il murmura, en toute mauvaise foi :

-« Et si ça me plaisait à moi, d’avoir de l’eau rouge dans mon bassin ! Non, mais ! »

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Février 2010 - n° 10 - Annonce de la Fête des Petits Loups

-"Mardi gras? Mardi gras, voyons dans mon dictionnaire ce que ça peut être un Mardi gras. Jamais entendu parler d'un Mardi gras, dans mon bassin. Ah bon, il paraît que ce mardi-là, c'est le dernier jour avant le début du Carême. Carême, voyons voir? Oh là là, j'y perds tout mon latin de Poisson Chat."

Après maintes déambulations dans les pages du dictionnaire, le Poisson Chat avait fini par comprendre que c'était bientôt la fête des enfants du quartier Carnot.

-"Carnaval?... Epiphanie... Mercredi des Cendres? Ce coup-ci, c'en est trop. Filons dans mon grenier pour y trouver mon déguisement. Ça suffit comme ça ! J'ai pas l'intention d'apprendre tous les Saints du calendrier. Après avoir remué ciel et terre, le Poisson Chat finit par tomber sur le déguisement le plus seyant, jamais trouvé pour un poisson-chat. Le déguisement spécialement recommandé par le fabricant avec - en gros - sur la boite: Spécial Poisson Chat pour l'ouverture de la pêche.

-"Bizarre, bizzare", pensait tout haut le Poisson Chat.

-"Mais rigolo, rigolo", riait tout fort le Poisson Chat.

-"Avec cet attirail-là, y-en a pas un qui va me reconnaître. Va falloir qu'avant la fête, je lise soigneusement la notice: hameçon n° 4 pour poisson glouton, hameçon n° 10 pour poisson résistant, canne à pêche en fibre de verre pour poisson vigoureux, épuisette à mailles serrées, boite à mouches pour poissons d'eau douce... miam, miam... chapeau de paille pour pêcheur du dimanche... et petit pliant pour pêcheur de rivière."

La Fête des Petits Loups au quartier Carnot, ce sera Mardi gras 16 février 2010. Tous les enfants sont conviés, mais pas les poissons-chats ! Qu'on se le dise !

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Automne 2006 - n° 9 - T.C.S.P., couloir de bus

Rageur, déchaîné, hors de lui et de ses sombres écailles, notre Poisson Chat ! Un ramdam pas possible depuis le fond de son bassin.

Plouf, plaf, glouglou, glop et flic et flap et floc! Et que j'éclabousse !

Ça jaillissait de tous les coins du bassin rond.

- "Ce que je fais??? Non mais, vous osez me le demander ! Avec tout ce qui se passe sur ce damné boulevard, moi, je prends mes précautions. Je me barricade. A ce train-là, ils vont bien finir par me faire passer un couloir de bus au beau milieu de mon bassin !!!"

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Mai 2005 - n° 8 - Agence matrimoniale

-"Hum, hum, pas gentils les lecteurs de mon journal ! Pas un qui ne m'ait présenté une mignonne Poissonne Chatte ! Ah, l'ingratitude, l'indifférence, ça a fini par me faire une barre d'amertume à mon estomac."

Devant la gravité du mal dont souffre notre Poisson Chat, Renaissance Carnot accepte de souscrire à sa demande et de lui offrir les colonnes du Journal pour sa petite annonce:

"Poisson Chat, bien fait de sa personne, presque pas vieux, écailles solides et moustaches drues, cherche Poissonne Chatte, âge indifférent, si écailles mordorées et moustaches frisées. Ecrire à: Monsieur le Poisson Chat - Rue du Bassin du Bord de l'Eau - 06999 La Charité sur Siagne - Tél.: 0 - double zéro - 24 - 2 - e mail: poisson-chat-le-magnifique@oh.lala ."

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Hiver 2004 - 2005 - n° 7 - Les souffrances du Poisson Chat

Passablement cyclothymique, notre Poisson Chat. Une fois, c'est la dépression la plus noire; une autre, c'est l'euphorie. Aujourd'hui, c'est pire. Excité comme une puce, notre Poisson Chat, à faire des loopings dans son bassin et à battre de la queue comme un petit fou. Vous savez quoi? Il veut se marier. Il nous demande à tous de lui chercher... une Poissonne Chatte... jolie, jolie... à croquer, bien sûr !

-" Et puis quoi encore, Poisson Chat, quand on sait ce que tu as fait de tous les autres poissons qui peuplaient naguère, ton beau bassin !"

-"Comment??? Tu les aurais croqués par inadvertance? Allons donc, on en reparlera."

C’est tout pour aujourd’hui. A la prochaine fois !

Automne 2004 – n°6 – Médor et Pupuce

-"Quand les poules auront des dents, j’aurai perdu mes oreilles. Parce que… parce que… ce n’est pas parce que je n’ai ni poils, ni pattes et que je n’ai plus de dents, que je n’aurais pas le droit d’avoir des oreilles."

Ainsi s’exprima le Poisson Chat. Certes, un peu maladroitement, nous vous le concédons. Mais avec beaucoup de bon sens, vous nous le concèderez.
Et notre Poisson Chat de nous raconter ce qu’il avait surpris d’une conversation entre deux dames assises non loin de son bassin, caressant, l’une, Médor, l’autre, Pupuce. Leurs deux toutous de compagnie, l’un portant petite casquette à carreaux, l’autre, manteau style Anglais bon chic bon genre.
Pas l’air content, les deux dames ! Voix pointue et commentaires acerbes :

-"Ramasser ! Nous allons devoir ramasser ! Canipoche à Cannes, Toutounet au Cannet ? N’ont pas de cœur, nos Maires ! Pensent même pas à notre santé fragile et à nos dos raides ! C’est sûrement une idée pour résoudre le casse-tête de la Caisse de Retraite."

Et la radio locale de faire passer sans cesse sur ses ondes :

-"Le matin, quand on sort le frétillant Pupuce et le doux Médor pour leur promenade dite hygiénique – et que l’on n’a pas du tout envie de ramasser la hideuse crotte, il va bien falloir que la hideuse crotte aille quelque part.
Soyez tranquille, la crotte disparaîtra ! Elle ira finir son existence de hideuse crotte dans les canalisations d’eaux pluviales. Et où va l’eau des canalisations pluviales ? Elle suit une pente commode et naturelle jusqu’à notre belle mer bleue. Au fait, vous aimez la baignade, les lendemains de pluie ? Mais non, nous n’avons pas dit de mettre Médor et Pupuce dans votre baignoire ! Encore que … eaux usées … usine de traitement … "

Et les deux dames du square Carnot, de se lever sèchement non sans lancer en chœur :

-"A nos âges, les maillots de bains, c’est fini ! Vous nous imaginez en maillot de bain ? Et qu’est-ce qu’on ferait de Médor et Pupuce puisqu’il paraît que, par-dessus le marché, on leur a interdit toutes les plages ? C’est sûrement encore une idée pour nous ouvrir plus vite les portes du Paradis."

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

Septembre 2004 – n°5 – Grande Course Pédestre du Boulevard Carnot

Dimanche matin. Plus aucune voiture sur le boulevard Carnot. Place à la traditionnelle course pédestre dont la renommée est allée jusqu’en Italie, et même à Rochefourchat, petit village drômois dont la particularité est d’avoir … un seul habitant, donc forcément le maire du village, donc élu régulièrement au premier tour de scrutin.
Le square Carnot a tous les honneurs. Il est au centre de la manifestation. Ligne de départ. Ligne d’arrivée. La foule se presse. Les coureurs s’échauffent. On attend d’une minute à l’autre, les Officiels et leurs chauffeurs. Le soleil brille.

La veille au soir, comme chaque année, il avait fallu tirer au sort deux employés municipaux, l’un Cannois, l’autre Cannettan, pour remplir la délicate et rebutante mission pour laquelle aucune candidature spontanée n’était jamais recueillie. L’un empoigna le seau ; l’autre, une épuisette. A la nuit tombante, ils s’engagèrent dans les allées silencieuses du square éclairées par la lune.
Flic, flac, flop ! Résistance éclaboussante. Coup de queue. Nageoires en bataille. Moustaches hérissées. Dents pointues luisantes.

-"Au secours, au secours ! A l’aide ! Non, non ! Pitié, je ne veux pas y aller. Laissez-moi tranquille ! Promis, je serai sage. Je vous jure que demain, je ne dirai pas un mot. Non, je ne ferai pas l’impertinent et le mal élevé. Je serai coi comme un poisson rouge sans humour. Pitié, pitié ! Ne m’emmenez pas dans ce bassin de rétention de funèbre réputation où le macabre y règne en maître. Je suis bon pour les cauchemars."

Malgré ces émouvantes suppliques, les employés municipaux, l’un Cannois, l’autre Cannettan, chargèrent le seau et le Poisson Chat résigné dans le coffre de leur auto et vidèrent le tout, provisoirement, dans le bassin aux nénuphars du cimetière du Grand Jas.
Que les âmes sensibles soient rassurées, le lundi matin, notre Poisson Chat retrouva ses pénates ordinaires au square Carnot.

 

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

Mars 2004 – n° 4 – Cahier des Charges – Ville de Cannes

Monsieur le Maire de Cannes a dit à Monsieur l’architecte paysagiste de composer et d’orchestrer un splendide cahier des charges pour redonner allure et noblesse à ce quartier en mal de vivre. A ce quartier qui passe son temps à gémir et à se lamenter, à réclamer et à exiger qu’on lui accorde une meilleure attention et qu’on lui redore son blason délavé.

Ce ne fut pas du goût du Poisson Chat. Le Poisson Chat étant un animal très casanier, n’aimant surtout pas les nouveautés et se contentant de bien peu pour son ordinaire de fond de bassin, ne résista pas, à l’annonce de la bonne nouvelle, à venir y mettre son grain de sel saumâtre d’eau douce. On ne lui en demandait pas tant !
Et c’est d’une voix forte et péremptoire qu’il protesta contre la nouveauté qui se préparait. De la voix d’un être désespéré à l’idée qu’on allait troubler sa tranquillité, changer ses habitudes et – qui sait – peut-être le prier de bien vouloir trouver un autre bassin. Et ce, sans préavis, sans indemnité, de but en blanc, dans le plus grand mépris de la législation de protection de son espèce rare.
Ce poisson-là, bien qu’il fût plutôt du genre à ne pas aimer se mouiller, tonitrua ainsi :

-"Cahier des Charges ! Cahier des Charges ? Manquait plus que ça dans mon paysage à moi ! Maire de Cannes ? Maire de Cannes ! Est-ce qu’il m’a donné une carte d’électeur pour que je lui dise comment je pense du mal de lui ? Va falloir que je prenne d’urgence ma carte du syndicat des poissons-chats démocrates et libertaires."

N’ayant trouvé aucun écho à ses revendications, sinon quelques frémissements dans les feuilles des oliviers du square et trois aiguilles de cèdre tombées à terre, il s’en retourna au fond de son bassin non sans maugréer :

-"Quand j’aurai ma carte d’électeur, il va voir de quel bois je chauffe mon bassin."

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

9 Février 2004 – n°3 – Tous à vos commerces !

Grand, fort, dents pointues, bourru, cabotin, exigeant, tyrannique… tout ça en un clin d’œil. Il avait bien profité, le petit, dans son bassin rond du square Carnot.

-"On n’en veut plus de ce Poisson Chat-là", se plaignaient  les gens du quartier. "Quand on passe le long de sa fontaine, il donne de grands coups de queue dans l’eau, exprès pour nous éclabousser. On va bien s’en débarrasser, on va le rendre à qui voudra !"

Le Poisson Chat faisait l’unanimité contre lui.
Et le miracle se produisit enfin ; car, pas idiot, notre Poisson Chat ! Valait mieux se montrer parfois aimable avec les indigènes du quartier !
Le Poisson Chat, comme chacun sait, est un poisson très solitaire, habitué à vivre seul au fond de son bassin. Et pour cause puisqu’il a dévoré tous ses congénères. Une sale manie qui lui a valu de devenir un poisson philosophe.
En cette froide matinée de février, le Poisson Chat remonta à la surface et lança à la cantonade :

-"Si vous n’y prenez pas garde, si vous passez devant vos commerces sans avoir l’idée de pousser leur porte, un jour, ce sera le désert et ce sera inutile de vous plaindre !"

Puis, avant de disparaître dans les fonds qu’il affectionne, il ajouta d’un ton sévère :

-"Eh bien, ils en ont un sacré courage tous ces commerçants, à persévérer à travailler dans un environnement pareil. Boudi de Bouddha ! Quel vacarme, quelle pollution, quel tournis dans sa tête quand on chemine sur les berges de ce damné boulevard ! Pas envie de s’attarder et de lécher les vitrines. Heureusement qu’ils gardent leur bon sourire, nos commerçants, et qu’ils sont mille fois plus aimables qu’ailleurs !"

Trois petites bulles remontèrent à la surface et s’épanouirent en trois nénuphars roses. Et ce sont les rainettes qui ont été contentes.

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

14 Novembre 2003 – n°2 – Petit poisson deviendra grand

Il est né, il est né, il est là, il est chez nous, il est à nous. Vive le Poisson Chat ! Longue vie à lui !
C’est sous les acclamations et les meilleurs auspices que notre Poisson Chat ouvrit son œil de poissillon attendu et désiré. Œil qu’il referma aussitôt pour faire son gros dodo dans son berceau de nénuphar flottant sur les eaux douces du bassin du square Carnot de Cannes et du Cannet dans les Alpes-Maritimes du bon pays de France.
Chut ! Poissillon dort !

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

12 Septembre 2003 – n°1  -  Poisson-chat – Nom masculin singulier

Le poisson-chat qu’il ne faut surtout pas confondre avec le silure bien qu’il lui soit apparenté, est un poisson qui préfère l’eau douce à l’eau salée. C’est pourquoi on le rencontre plus  souvent dans les rivières que dans les mers de notre globe. Il est, dit-on, originaire des Amériques sans qu’on puisse ici l’affirmer. Très répandu dans les cours d’eau d’Europe centrale, il est espèce rare dans le Midi de la France. On en trouve toutefois un spécimen dans les Alpes-Maritimes, logeant dans un bassin du square Carnot. Un square remarquable, à la limite des villes de Cannes et du Cannet qu’il n’est plus utile de présenter et de magnifier pour avoir fait elles-mêmes leur tour de monde.

Mais revenons à nos petits moutons. Si aujourd’hui nous vous parlons de poisson-chat, c’est parce que nous n’avons rien trouvé d’autre qui puisse convenir comme titre au futur journal de notre association, qui paraîtra sous peu pour chanter les louanges de tous les commerçants et artisans du quartier Carnot de Cannes et du Cannet, et qui s’appellera : Le Poisson Chat.

Et si ici, sur ce site si sidéral et si sidérant, vous n’aurez à lire aucun exemplaire du si fantastique nouveau journal :  Le Poisson Chat, ce n’est pas parce que la reproduction est interdite chez les poissons-chats, c’est parce que la publicité, elle, n’y est pas autorisée.
-"Dommage, dommage ! ", ont dit les commerçants.
-"Dommage, dommage ! ", ont dit leurs chalands.
-"Tant mieux !", a dit le Poisson Chat. " Y-en-aura que pour moi de tous ces yeux qui me regardent, et pas pour les autres. Nique-naque ! Oui, c’est moi le Poisson Chat, le Poisson Chat unique et adoré, le Poisson Chat chouchou du quartier Carnot. Venez tous lire dans mes Pensées !"

C’est tout pour aujourd’hui ! A la prochaine fois !

(Fin du Compte à Rebours et.... début du Blog du Poisson Chat....)

La Pensée du jour - Les Grains de sel

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