drapeau mex

Carnot à l’heure mexicaine

1900 – 1940

ubaye

 

Avant-propos

Remerciements

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Quatrième partie

Cinquième Partie

Sixième Partie

Postface

Table des matières

Plan – Villes de Cannes et du Cannet

Troisième partie

L’épopée des Bas-Alpins

Vallée de l’Ubaye - Mexique

Chapitre 2

L’Eldorado mexicain – 1830-1914

 


Mexique – Port de Veracruz

C’est Jacques Arnaud, originaire de Jausiers, alors âgé de 24 ans, qui, en 1805, quitte le premier son Ubaye natale pour rejoindre la Louisiane ; un territoire qui vient d’être vendu par Napoléon aux jeunes Etats-Unis. Il est accueilli par la communauté acadienne composée d’anciens Normands et Poitevins. Là, il se marie avec une Acadienne qui lui donnera une importante descendance. Jacques s’adonne à l’agriculture et à l’élevage.
Ses deux frères, Marc Antoine et Dominique, ne tardent pas à le rejoindre. Les trois frères, ayant une solide expérience des tissus, créent une filature dont ils vendent les produits textiles par la technique du colportage qu’ils connaissent bien ; une pratique ancestrale qui n’a aucun secret pour eux. Tout naturellement, ils étendent leur activité au Mexique voisin où, vers 1818, ils ouvrent un magasin de tissus. Ce sera le début de la belle épopée mexicaine des Barcelonnettes.
Leur réussite, en effet, fait mouche au pays. Plus d’un Bas-Alpin se prend à rêver de suivre l’exemple des frères Arnaud. En 1830, trois de leurs amis les rejoignent. Puis d’autres encore. La grande machine de l’émigration vient de se mettre en marche. A la fin du XIX ° siècle, ils seront 5 000 Barcelonnettes à avoir franchi l’océan pour tenter de faire fortune au Mexique. Tous veulent faire du commerce ; plus personne ne veut continuer à exploiter la terre ingrate des montagnes. Les jeunes paysans de 16 à 17 ans partent en groupe pour Digne, à cheval ; puis par diligence vers un port de l’Atlantique où ils embarquent sur des bateaux à voile pour un voyage éprouvant de 50 à 90 jours, jusqu’à Veracruz. De là, il leur faut rejoindre Mexico, à pied, accompagnés de muletiers. Une marche d’une vingtaine de jours, souvent périlleuse où les attaques de bandits sont fréquentes. Mais rien ne saurait entamer leur enthousiasme d’avoir enfin mis le pied sur la terre promise. Au bout de cette route, ils savent qu’ils seront accueillis par la communauté barcelonnette qui les attend avec grande impatience et à laquelle ils donneront, à leur arrivée, les dernières nouvelles du pays qu’ils viennent de quitter sans aucun regret.

                   

Port de Saint-Nazaire Mexique – Port de Veracruz

                                                                                             
Et c’est enfin Mexico, l’eldorado mexicain, le pays de l’or. C’est aussi l’obligation stricte de se plier au système communautaire établi par les Bas-Alpins et aux dures épreuves imposées. Le nouvel arrivant sait qu’il part de zéro et que son premier salaire sera encore plus bas que celui d’un paysan resté en France. De maigres revenus dont il faudra bien se contenter dans un premier temps si l’on veut avoir quelque chance de progresser et de ne pas être rejeté par la communauté. La réussite est à ce prix. La fortune sera pour plus tard, dans une quinzaine d’années dans le meilleur des cas, après avoir franchi toutes les étapes auxquelles il s’agit maintenant de se plier. Puis ce sera le retour au pays, car on ne s’implante pas définitivement au Mexique. On n’est que de passage.
Dès leur arrivée à Mexico, les jeunes émigrants se rendent dans un des Grands Magasins prestigieux, édifiés par les Barcelonnettes. Pour eux, un repas, et le jour même, on se met au travail. Pas de temps à perdre ! Des journées de travail de 10 à 12 heures qui débutent par le nettoyage du magasin et le déballage de lourdes pièces de toile en provenance des fabriques créées dans le pays pour les besoins du négoce. Le soir venu, on regagne sa chambre au dernier étage du magasin. Parfois, faute de place, il faudra se résigner à dormir à même les comptoirs en bois du magasin.
D’abord apprentissage à la vente et acquisition de la pratique de la langue espagnole, indispensable si l’on veut progresser dans la hiérarchie. Certains, après 10 à 16 mois de cette initiation, partiront dans les fabriques textiles bas-alpines. Les meilleurs sillonneront le pays pour vendre des tissus. Les plus habiles réussiront parfois à acquérir leur propre fonds de commerce. C’est dire que la fortune tant convoitée ne sera pas la même pour tout le monde. Mais bon, même avec un petit pécule, le retour au pays après une aussi longue absence, sera la récompense, car, ici, les distractions sont peu nombreuses. Conversations dans un coin de couloir ou sur le trottoir, devant le magasin. Quelques rares jours de vacances dans l’année, à la discrétion du patron. Parfois, le dimanche après-midi, petit tour à la campagne. Et toujours cette interdiction, sous peine d’être exclu de la communauté, de fréquenter les Mexicains, surtout les Mexicaines, sous le prétexte que trop de distractions nuit à la rentabilité de l’entreprise. On restera donc célibataire le temps qu’il faudra et l’on n’aura aucune peine à séduire une jeune et jolie Ubayenne quand on retrouvera ses montagnes, ses sommets majestueux, ses fraîches rivières, avec, en poche, quelques louis d’or bien mérités qui ne déplairont pas à l’élue de son cœur.


Mexico – Grand Magasin El Palacio de Hierro

Précédent Suivant
- Association Renaissance Carnot - 
Loi 1901 - Déclaration n° 0061018753 sous-préfecture de Grasse
© RENAISSANCE CARNOT 2013