drapeau mex

Carnot à l’heure mexicaine

1900 – 1940

ubaye

 

Avant-propos

Remerciements

Première partie

Deuxième partie

Chapitre 1

Chapitre 2

Chapitre 3

Chapitre 4

Chapitre 5

Chapitre 6

Chapitre 7

Chapitre 8

Troisième partie

Quatrième partie

Cinquième Partie

Sixième Partie

Postface

Table des matières

Plan – Villes de Cannes et du Cannet

Deuxième partie

Bienvenue au quartier Saint-Nicolas - Année 1908

 

Chapitre 6

Nos bienfaiteurs, Messieurs Proal et Reynaud – 1908

 


Casimir Reynaud    -   Archives de la Ville de Cannes   -   Antoine Proal

« L’amitié est un parapluie qui se retourne dès qu’il fait mauvais temps ». Un joli proverbe valable pour toutes les régions de France sauf pour cette vallée de l’Ubaye perdue là-haut dans ses rudes montagnes. L’amitié, quand on est né dans neige, froidure et rigueur de l’hiver, n’a pas pour habitude de se retourner à la moindre brise. Solides amitiés de montagnards, jamais prises en défaut. Messieurs Proal et Reynaud étaient de ces gens-là. Et ce n’est pas la douceur des rivages de Cannes qui allait devoir changer quoi que ce soit et amollir leur âme.
Dur parcours que le leur ! Vallée de l’Ubaye, Mexique, retour au pays et les voilà à Cannes la magnifique, en plein déclin. A Cannes qui fait son examen de conscience et qui se dit que, décidément, on n’est plus à l’époque où les cailles tombaient toutes rôties et qu’il va falloir se ressaisir. Viendront bien de généreux bienfaiteurs. Cannes en a toujours eu et au bon moment. Croyons à cette belle étoile !

On a peu à peu pris l’habitude de côtoyer de très curieux hivernants, des Barcelonnettes comme on les appelle. Pas bavards, ne s’attardant guère à discuter, toujours pressés par quelque affaire. Loin, bien loin des mondanités ou des choses politiques. Comme à part.

Le Littoral, le 28 mars 1890 – Nécrologie
Nous apprenons avec regret le décès de M. Eugène Oscar Serraillier, docteur en médecine, ancien adjoint à la mairie de Cannes. M. Serraillier qui n’avait que 52 ans, a succombé, cette nuit, aux suites d’une douloureuse maladie dont il souffrait depuis longtemps déjà. Nos sincères condoléances à Mme Serraillier et à ses enfants.
Mme Veuve Seraillier, née Aune, se doit désormais de se consacrer à ses enfants et de pourvoir à leur existence. Elle met aussitôt à la vente d’immenses terrains lui étant revenus en héritage, au quartier Saint-Nicolas.
Mais qui voudra bien se porter acquéreurs de ces champs pour la plupart à l’état de friches ? Des terres certes bien situées en bordure de l’ancien chemin du Cannet (avenue du Maréchal Gallieni), mais mal desservies par des sentiers impraticables, envahis depuis longtemps par les ronces.

Bref espoir !
M. Baudun, le grand négociant si honorablement connu à Cannes et à Marseille pour ses savonneries, a exposé à la Ville de Cannes, le magnifique projet qui lui tient à cœur : la création d’un casino dans les terrains de Mme Veuve Serraillier, situés à proximité du boulevard d’Alsace. M. Baudun, instigateur du projet, se propose d’en être le bailleur de fonds.
Aussitôt connue, aussitôt convoitée, la belle idée de M. Baudun. La compétition fait rage. Le suspens est intense. Et comme il en advient souvent de toute belle idée, arrivent propositions diverses sur propositions diverses, et le magnifique projet finira dans les cartons de l’Administration. Les ronces des terrains de Mme Veuve Serraillier pourront continuer à prospérer durant dix-huit bonnes années.


Ancienne chapelle Saint-Nicolas, aujourd’hui disparue

La nouvelle se répand dans tout Cannes. Messieurs Proal et Reynaud se sont portés  acquéreurs des immenses terrains de Mme Veuve Serraillier au quartier Saint-Nicolas. Il  paraît qu’ils ont l’intention d’en faire un vaste lotissement destiné à recevoir d’élégantes constructions très modernes. On dit aussi qu’ils mènent actuellement une réflexion pour la création de nouvelles voies de communication permettant de desservir convenablement ce futur quartier. Chacun sait que depuis le boulevard du Cannet (boulevard de la République) jusqu’à la chapelle Saint-Nicolas, il n’existe qu’un seul chemin carrossable. Chacun sait aussi que ce chemin qui se raccorde d’abord avec le chemin de la Peyrière, se continue en longeant le jardin de l’hôtel Alsace-Lorraine jusqu’à la chapelle Saint-Nicolas en longeant au nord, des terrains vagues. Qu’enfin  ce même chemin, qui se soude au devant de cette chapelle, avec le chemin du Central-Hôtel aboutissant au boulevard d’Alsace-Lorraine, n’est plus séparé du vieux chemin du Cannet, du boulevard de la Foncière et des quartiers du Petit Juas et des Vallergues, que par une petite langue de terre d’environ 50 à 60 mètres de largeur puisque, de l’autre côté de cette langue de terre, se trouve une amorce du boulevard de la Foncière qui dessert actuellement tous ces quartiers. Si donc, si donc … des communications plus faciles, plus complètes, permanentes, étaient faites, elles mettraient en rapport direct, tous les habitants de ces quartiers si mal desservis ; lesquels habitants ne seraient plus obligés pour communiquer entre eux, de faire des détours longs et pénibles. Une explication de bon sens et d’une extrême simplicité comme vous pouvez le constater !

Pour démêler cet écheveau de rues, sentiers, amorces de rues, Messieurs Proal et Reynaud ont, eux, les idées claires et n’ont pas l’intention de tergiverser à n’en plus finir. A leur service, géomètres et arpenteurs qui se mettent aussitôt au travail pour dénouer ce nœud gordien.

En 1908, tout est achevé et MM. Proal et Reynaud ont le plaisir de proposer à la Ville de Cannes, la cession des nouvelles rues qu’ils viennent de créer dans les anciens terrains de Mme Veuve Serraillier, devenus leur propriété : rue Jean Goujon, rue Marius Aune, rue Grollier (rue du Onze-Novembre).
Reste à régler à présent le sort de ce chemin communal du Cannet (avenue du Maréchal Gallieni). L’affaire est nettement plus délicate, voire carrément épineuse. Ne serait-ce pas à la Ville de Cannes de pourvoir à son élargissement et à ses améliorations ? MM. Proal et Reynaud ne semblent pas disposés à avoir les mêmes largesses que pour les nouvelles rues créées à leurs frais et qu’ils viennent de céder si généreusement. La Commission des Travaux Publics se réunira prochainement pour examiner ce qu’il sera peut-être possible d’entreprendre au vu des propositions que viennent de soumettre MM. Proal et Reynaud.

Examen des propositions de MM. Proal et Reynaud : élargissement du chemin du Cannet au droit de leur propriété.
Le Conseil municipal étant réuni, M. Bella, rapporteur, explique que le chemin du Cannet au droit des terrains Proal et Reynaud, qui seront prochainement lotis, n’a qu’une largeur de 5 mètres et qu’il y a lieu de  la porter à 8 mètres. Le coût de cet élargissement est de 8.862 francs. MM. Proal et Reynaud ont proposé d’avancer cette somme et consentiraient alors à la Ville de les rembourser par dix annuités. Il est à noter que MM. Proal et Reynaud cèderont à la Ville pour cet élargissement, les terrains nécessaires au prix très minime convenu de 22 frs le mètre, soit une surface de 405 m.q. 47.  Coût 8.920 frs, 34. Il va de soi que les frais des déblais des hors lignes et d’amélioration de la chaussée resteraient à la charge de la Ville.
Face aux largesses consenties par MM. Proal et Reynaud, cette résolution ne peut qu’être adoptée à l’unanimité puisqu’il en va de l’intérêt général.
Le Conseil, dans son ensemble, adresse ses plus vifs remerciements à MM. Proal et Reynaud pour leur admirable contribution à la création du nouveau quartier Saint-Nicolas qu’il ne leur restera plus qu’à urbaniser. La Société civile Proal et Reynaud, créée le 10 janvier 1908, se fera un plaisir de lotir immédiatement ces vastes terrains enfin devenus accessibles.

 


Lotissement de MM. Proal & Reynaud au quartier Saint-Nicolas  (Archives municipales Cannes)

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